GANJAH

« L'Herbe Sainte » des Rastafariens




Coutume populaire, la consommation de Ganja reste considérée comme telle jusqu'en 1913 date à laquelle elle est interdite. Cette première interdiction ne boulverse pas véritablement les habitudes de vie des insulaires. En 1938 l'île devient le théâtre de nombreuses grèves et rebellions. De sanglants affrontements ponctuent cet épisode insurrectionnel. La fin des troubles sociaux donne curieusement lieu au vote d'une nouvelle loi prohibitionniste. Dans le collimateur du législateur : la ganja et ses pseudo effets criminogènes. L'argument avancé est le suivant : les grévistes et syndicalistes à l'origine de la sédition étaient des fumeurs notoires. Dès lors, l' « herbe pernicieuse » constituerait un facteur déterminant de violence collective. L'américain Anslinger, premier fonctionnaire à interdire le cannabis, alléguait que le chanvre « rendait les nègres insolents »...
Bref, en 1938 la « Dangerous Drugs Law » est définitivement entérinée. Consommation et possession de ganja sont dorénavant rigoureusement prohibées. Dans les faits, même si son usage est jugé illicite, il demeure très largement répandu au sein des couches sociales les plus défavorisées. Lorsque les cultivateurs ne viennent pas à leur rencontre, les citadins « herbivores » n'hésitent pas à s'enfoncer dans les terres pour se procurer quelques livres de cet or vert. Les paysans ne sont pas les seuls à cultiver la ganja : dans les années 40, Leonard Percival Howell et ses adeptes se sont retranchés dans la zone rurale du « Pinnacle » à St. Catherine et la culture de cannabis devient la spécialité howellite du coin. Ceux que la presse nomme encore « Ras Tafarites » ou « Ras Tafarist » sont l'objet d'une surveillance accrue. En 1941, un raid policier investit une première fois le camp d'Howell pour le dévaster complètement treize années plus tard. Le message est clair : la législation anti-cannabique s'attaque, par delà l'usage populaire, en tout premier lieu aux adorateurs de la « plante du salut ». A cette époque toutefois, il semble que la ganja n'occupe pas encore un statut sacramental dans les cérémonies rastafariennes. De même, dans le culte Kumina, l'herbe est utilisée par les disciples pour favoriser la transe et communiquer avec les esprits sans être pour autant sacralisée. Le recours à la plante se justifie ici par la recherche d'un état de conscience modifié permettant l'accession à un autre monde ou bien comme un vecteur facilitant l'interprétation des signes. Les rastas développent une vision du monde pansémiotique où chaque chose est porteuse d'une signification cachée. Dans cette même optique, la Bible et ses allégories fourmillent à leurs yeux d'indices cryptés qui doivent être réinterprétés. A ce titre, les rastas compulsent les Saintes Ecritures, recoupent les versets, lisent entre les lignes pour aboutir à de nouvelles paraboles. Cette lecture sélective et interlinéaire des écrits bibliques serait ainsi à l'origine de la sacralisation de la ganja. Anecdote édifiante : la première bible imprimée en 1455 par Gutenberg était en papier chanvre... Les rastas citent le plus souvent les Psaumes XVIII-XIX : « Une fumée monta de ses narines et de sa bouche un feu dévorait – des braises s'y enflammèrent ». Toujours dans cette perspective citationnelle, on trouve également un passage de la Genèse (I-29) légitimant la consommation de ganja : « Dieu dit : je vous donne toutes les herbes portant semence qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits : ce sera votre nourriture. » Là où n'importe quel exégète hurlerait à la supercherie et à l'extrapolation, l'herméneutique rasta est formelle : Jah dans son infinie bonté nous exhorte à fumer l'herbe sainte, et d'ailleurs comment pourrait-il en être autrement puisque dieu lui-même s'enfume ouvertement dans les Psaumes ? L'explication peut paraître un brin fumeuse mais les rastas sont loin d'être des fumistes : la bible regorge d'allusions directes ou indirectes aux plantes, et aux yeux des ganjafariens, chaque occurrence représente, en filigrane, une preuve de plus (implicite ou explicite) démontrant le caractère divin de cette herbe. C'est en ce sens qu'il faut comprendre le « raisonnement » de Ras Pidow (1931-2001), grand fumeur devant l'éternel, selon lequel : « si l'herbe est un crime alors dieu est un criminel ». La criminalisation croissante du cannabis par les autorités judiciaires de la Jamaïque contraste ainsi fortement avec la glorification progressive qu'en fait le « peuple de Jah ». Une légende rasta raconte que la « Wisdom Weed » poussait librement sur le tombeau du roi Salomon. Herbe de Sagesse pour les uns ou « Dangerous Weed » au regard de la haute société jamaïcaine, le cannabis a connu une bien étrange destinée depuis son arrivée sur l'île au début du 19ème siècle. Les points de vue divergent sur l'apparition du cannabis dans les caraïbes anglophones. Certains spécialistes ont émis l'hypothèse que les africains déportés auraient dissimulé des graines de cannabis sativa lors de la traite transatlantique. L'anthropologue Ken Bilby déclare en effet que des tribus centrafricaines telles que les Batetala, Basakata et les Bakongo recouraient au cannabis pour invoquer les ancêtres ou les forces surnaturelles. Les Kilongo désignaient la plante sous le nom de « Kaya »... S'agit-il là d'une simple coïncidence ? De même, les Bashilengue fumaient le cannabis au cours de leurs rites nocturnes. Mais le récit ethnographique le plus troublant concerne les Balouba du Congo qui ont renoncé à leurs différentes idoles et fétiches en érigeant le cannabis en authentique déité. Les plus zélés des Balouba se définissaient comme les bene-Riamba : « les fils du chanvre »... Ce parallèle avec l'Afrique a de quoi intriguer mais cette version paraît peu probable si l'on considère sa consommation tardive chez les insulaires. D'autres ont supposé que la plante existait à l'état naturel sur l'île. Théorie que récusent les ethnobotanistes, qui n'ont d'ailleurs trouvé aucune trace tangible de son utilisation chez les Arawaks, les premiers habitants de l'île. Un tout autre scénario semble plus plausible : après l'abolition de l'esclavage en 1838, la plantocratie est à la recherche d'une main d'½uvre corvéable à peu de frais. Des travailleurs en provenance d'Inde s'installent au dix-neuvième siècle en Jamaïque. Parmi ces migrants, on trouve des prêtres tantriques et des ascètes Sadhu qui rendent grâce à la divinité Shiva en fumant la « ganja », (terme d'origine indienne). Nourriture divine, la plante contribuerait au détachement ataraxique et permettrait d'atteindre une forme de quiétude contemplative loin des contingences et des vicissitudes terrestres... Dans son étude intitulée « l'utilisation rituelle du cannabis », William A. Emboden rapporte en outre que « suivant un récit traditionnel de l'Inde, la résine de cannabis appelée vijaya, était la boisson favorite du dieu Indra et qu'il en fit présent aux hommes afin qu'ils puissent atteindre des états de conscience élevés (...) ». Cette quête hindouiste d'élévation spirituelle rejoint l'aspiration des rastafariens en bien des points. On retrouve ce processus de divinisation, ou à tout le moins, de sanctification du cannabis depuis les temps immémoriaux. Quelques deux mille ans avant Jésus Christ, la résine de cannabis était employé comme un encens lors des cérémonies funéraires en Egypte. Neuf siècle avant JC, les mésopotamiens lui vouaient également un culte. Certaines pratiques chamaniques restent d'autre part étroitement liées à cette plante. A la fin des années cinquante, la ganja dépasse sa fonction récréative ou festive chez les rastafariens pour accéder au domaine spirituel. Les discours de Bob Marley traduisent bien ce déplacement : « L'herbe est la guérison de la nation. L'alcool tue et l'herbe te construit (...) Dieu a fait en sorte que l'homme soit un univers pour lui-même. Si l'homme ne fume pas, il ne peut pas penser, (...) l'herbe rassemble les frères, ils sont dès lors unis par la pensée, et c'est la raison pour laquelle on t'enferme quand tu fumes. (...) Lorsque tu fumes, tu t'ouvres à toi-même. (...) L'herbe est la clé de compréhension du monde. Avec elle, tu t'expérimentes toi-même comme Dieu. » « Ganja for the healing of the nations », soit le cannabis conçu comme panacée des nations, plante salutaire et salvatrice... La ganja occupe une place primordiale dans la pharmacopée rastafarienne. S'ils ne sont assurément pas les premiers à avoir découvert les propriétés médicinales de cette herbe, les rastas s'en servent pour de multiples médications. Les bienfaits curatifs du cannabis concernent aussi bien les maux de tête, la nausée, le glaucome, les rhumatismes, l'asthme, l'insomnie, la perte d'appétit... Sous forme de tisane, de décoction ou d'onguent antiseptique, la ganja présente de nombreuses vertus thérapeutiques et sédatives. Cette forme de médecine parallèle n'a rien d'une affabulation apologétique. Des équipes de chercheurs indépendantes ont d'ores et déjà confirmé les actions analgésiques, antiémétique, anticonvulsives, antimicrobiennes ... des cannabinoïdes. D'autre part Les rastas voient dans la Ganja un moyen d'échapper au « brainwashing » (lessivage mental) imposé par le système. On ne saurait se rapprocher de Jah sans se déconditionner au préalable. Cependant, si Marley la décrit en tant que « clé de compréhension du monde », les autorités se serviront de cette clé pour enfermer les fils de Jah dans les geôles de Babylone. La réglementation s'annonce de plus en plus répressive et nombreux sont les rastas à être écroués pour quelques bouffées de sensie.
Les lois « herbicides » sont par ailleurs appuyées par la presse jamaïcaine qui joue sur les prétendues relations de cause à effet entre la consommation de ganja et le destin criminel de ceux qui s'y adonnent. Des spécialistes autoproclamés élaborent de savantes théories criminologiques, se résumant pour la plupart au schéma bien connu de l'escalade cumulative : fumer un spliff préfigurerait une déchéance physique et morale inéluctable. Des universitaires participent activement à cette diabolisation médiatique. Le sociologue Ernest Cashmore n'hésite pas à comparer les adeptes de Leonard Howell aux membres (défoncés au LSD) de la secte Manson. Au milieu des années 60, fumer du cannabis est passible de cinq années d'emprisonnement ! Répréhensible ou non, les rastas continuent de célébrer la plante providentielle qu'ils nomment sous divers termes : coolie, Illie, Kali, lamb's bread, holy herb, kaya, wisdom weed, Ischence... Durant les seventies, la Jamaïque est le premier « exportateur » de ganja à destination des USA. Invoquant l'état d'urgence et la sécurité intérieure du pays, la CIA lance l'opération « Buccaneer » : s'ensuivent saisies, perquisitions dans les ghettos, arrestations... Cette radicalisation de la politique anti-ganja masque de nouveaux enjeux économiques. La cocaïne dans un premier temps, puis le crack commencent à inonder les bas quartiers. Etrangement, l'ordre des priorités reste le même pour les gouvernements successifs : le cannabis demeure l'ennemi public numéro un. Certaines personnes soupçonnent le pouvoir Jamaïcain de renflouer les caisses gouvernementales avec les narcodollars... Théorie du complot ou complot d'une théorie ? Depuis plusieurs décennies, les natty dreads sont les victimes d'une politique pénale réactionnaire. Décidés à ne plus subir ce « Tout Répressif », ils se sont organisés et démarchent les instances internationales pour que l'on reconnaisse enfin la Ganja comme étant un élément indispensable au libre exercice de leur spiritualité. Inculpé en 1991 pour détention illégale de cannabis, Benny Toves Guerrero (a.k.a Ras Iyah Ben) a été libéré en septembre dernier des charges qui pesaient sur lui. La Cour Suprême de Guam (île du pacifique – USA) ayant reconnu la ganja comme un élément « consacré », au même titre que le vin et le pain dans le cérémonial eucharistique de la religion catholique. Là où les chrétiens accèdent au spirituel via les spiritueux (petit rappel historique : en 1484 le pape Innocent IV déclarait sacrilège la consommation de cannabis...), les rastas exigent que l'on autorise enfin l'usage ritualisé de la ganja. Cette argumentation se situe aujourd'hui au c½ur d'une vaste controverse juridique et dépasse de beaucoup les limites géographiques de la Jamaïque. (A suivre)

# Posté le mercredi 29 juin 2005 12:47

The holy Piby

The holy Piby
The Holy Piby

La Bible Noire



Publiée en 1924, The Holy Piby de Robert Athlyi Rogers s'impose comme l'une des principales « sources » du mouvement Rastafari. Livre rare, voire introuvable pendant plusieurs décennies, cette « Bible de l'Homme Noir » constitue une clé essentielle pour comprendre la naissance de la spiritualité rasta.



La vie de Robert Athlyi Rogers reste, au demeurant, assez mystérieuse et les tentatives d'élucidation biographique recèlent de nombreuses zones d'ombre.

Originaire d'Anguilla (caraïbes-est), Rogers émigre assez tôt aux Etats-Unis, et s'installe dans la ville de Newark dans le New Jersey. Le 15 avril 1917, il diffuse une curieuse mappemonde qu'il nomme « The Negro Map of Life ».

Cette même année, Rogers fonde une banque dédiée aux membres de la communauté afro-américaine : « United Home and Bank of the Negroes ».

En 1921, Robert Athlyi Rogers entreprend une série de voyages en Amérique Centrale, en Amérique du Sud et aux Caraïbes. De retour à Newark l'année suivante, il assiste à un grand meeting de l'UNIA (Universal Negro Improvement Association ) présidé par Marcus Garvey. Proche de New York, une branche de l' « Association Universelle pour le Progrès des Noirs » est implantée à Newark. Ce 29 mars 1922, Rogers est fasciné par le charisme et les discours du « Moïse Noir ».

Clairement désignée comme étant l'Alma Mater, l'Ethiopie prend chez Garvey une dimension mystique, mais aussi, et surtout, stratégique. Garvey recourt à ce terme dans une perspective militante. A ce titre, Garvey délègue au Révérend George Alexander Mc Guire le soin de fonder l'église officielle de l'Unia : « The African Orthodoxe Church » pour entretenir la ferveur religieuse des adhérents.

Rogers, qui fréquente à cette époque la mouvance garveyite, entend quant à lui fonder une nouvelle religion dans laquelle l'Ethiopie occuperait une place centrale. Durant cette période de gestation, Rogers compose secrètement un énigmatique ouvrage qui aura par la suite une influence déterminante dans l'apparition du mouvement Rastafari, au début des années trente.

Le 15 janvier 1924 paraît à Newark « The Holy Piby ». Plus connu sous le nom de la « Bible de l'Homme Noir », ou encore sous celui de « Bible Africaine », cet étrange texte d'une trentaine de pages exalte le règne d'un nouveau démiurge : « Dieu le Seigneur, le Père de l'Ethiopie ».

Par-delà le mysticisme omniprésent, la Piby insiste sur la nécessité pour les noirs de se prendre en main économiquement. Le travail est érigé en vertu cardinale. La communauté noire ne doit plus être exploitée ou s'abandonner à l'oisiveté, il est à ses yeux indispensable qu'elle devienne autonome et auto-suffisante financièrement. Aux bénéfices terrestres qu'ils sauront tirer de tels efforts, Rogers leur promet par ailleurs la félicité dans l'au-delà : « Le Seigneur Dieu, Père de l'Ethiopie, sera fier de vous, les anges se réjouiront, grande sera votre récompense au royaume des cieux. »

Tout comme le prêcheur de rue jamaïcain Alexander Bedward, celui qui se prénomme désormais le « Berger Athlyi » voit dans la vie de l'Honorable Marcus Garvey le destin d'un « apôtre du Seigneur pour la rédemption de l'Ethiopie ».

Parallèlement à la diffusion de son fascicule, Rogers recrute une poignée de fidèles (dits « Athlyians ») et ouvre sa propre église : « the Afro-Athlican Constructive Church » (AACC). A l'origine, le temple athlican ne compte qu'une petite dizaine de fidèles, mais ce qui ne s'apparente encore qu'à une micro-secte parmi tant d'autres, va rapidement prendre une portée internationale.

Les ambitions du « Pasteur Athlyi » dépassent de beaucoup les limites du territoire américain. Ses préoccupations se tournent en effet vers le continent africain et sa rencontre en 1924 avec Sol Plaatje, un activiste Sud-Africain, va concrétiser une partie de ses v½ux. Les deux hommes se sentent proches et ils ont tout deux rencontré le président de l'Unia.

En Afrique du Sud, la prolifération de chapelles « éthiopistes » et « zionistes » attise le climat de rébellion contre les colons et leur pseudo-mission évangélisatrice. C'est dans ce contexte historique de résistance que « The Holy Piby » traverse l'atlantique dans les bagages de Sol Plaatje, de retour vers sa contrée natale. A son arrivée, Plaatje confie la Bible Noire à Joseph Masogha, militant local de l'Unia qui distribue sous le manteau le journal « The Negro World ». Les relations épistolaires entre Athlyi et Masogha parviennent à une même conclusion : la diaspora noire doit rentrer au bercail car la lutte pour la libération de l'Afrique ne saurait être menée des Etats-Unis, des Caraïbes ou d'ailleurs.

C'est ainsi que le trois août 1924, la « Maison d'Athlyi » s'agrandit et le quartier général de l' « Afro-Athlican Constructive Gaathly » (le mot Gaathly fût sans doute forgée par la contraction de « Garvey » et « Athlyi ») est dorénavant ancré en Afrique du Sud, dans la ville de Kimberley. Le choix d'établir l'église en Afrique du Sud n'est pas hasardeux dans la mesure où c'est précisément dans ce pays que l'Unia compte le plus de branches (notamment dans la région de Cape Town).

"The Holy Piby" est jugée factieuse et le texte et ses lecteurs seront blacklistés par les autorités coloniales. La Piby circule notamment chez les travailleurs noirs des mines de diamant et les mots de Rogers adressés aux « enfants de l'Ethiopie » insuffleront les germes de la révolte.

Malgré les efforts déployés par le pouvoir censorial, The Holy Piby ne s'est pas totalement perdu dans les oubliettes de l'histoire et c'est ainsi que les rastafariens du « National Council of Rastafari » (organisation basée à Kimberley) ont redécouvert cet écrit fondateur ces dernières années. Aux Caraïbes, la Piby connaîtra une toute autre destinée.

Une personnalité influente de l'Unia natif de la Barbade, Charles F. Goodridge découvre la bible subversive à Colon (Panama) où Rogers s'était rendu peu auparavant. Avec sa compagne Grace Jenkins Garrison, le Révérend Goodridge tentent de créer en 1925 une antenne athlicane en Jamaïque : « The Hamitic Church ». Malgré l'échec du projet, le couple s'évertue à distribuer la Piby au sein de la communauté noire. En 1927, Goodridge est interpellé par la police pour son rôle de diffuseur. Outrepassant la censure, Goodridge invite publiquement les jamaïcains à lire The Holy Piby et à renoncer aux messages mensongers de la Bible (King James Version) : « Les théologiens blancs ont modifié la traduction de la Bible Amharique de telle sorte de présenter Dieu et ses prophètes comme des caucasiens et non comme des noirs. »


Quelques nouveaux prosélytes viennent se greffer autour du noyau initial, mais c'est un autre personnage (tout aussi troublant) qui publie un texte s'inscrivant dans le sillage visionnaire de la Piby. Auteur du Royal Parchment Scroll of Black Supremacy, le Révérend Fitz Balintine Pettersburgh connaît lui aussi Rogers. Il définit son opuscule comme un « texte biblique d'Ethiopie » et se différencie de Rogers par son radicalisme et un style d'écriture dadaïste : « Je suis sa Majesté le Roi Alpha, le Roi des rois, le Copyright de la Création » et balance tout de go qu'il a « baisé la suprématie blanche ».

Ce manifeste de la Suprématie Noire et The Holy Piby ont à cette période embryonnaire du mouvement rasta joué un rôle prégnant chez les premiers prédicateurs rastas, et tout particulièrement chez Leonard Percival Howell. Ce dernier s'inspire en effet très largement de ces deux précurseurs. Le six juin 1927, un journaliste du Daily Gleaner s'inquiète de ces « publications d'une nouvelle religion éthiopienne. »

Outre les nombreuses références au Dieu de l'Ethiopie, les premiers rastas ont accordé une importance toute particulière au passage suivant : « Then upon then the head of the natural man did Elijah place a crown – on the front part of the crown there was a brillant star whose light extended from heaven to the earth. » Cet extrait de la Piby fût en effet interprété comme une allusion directe à Haïlé Sélassié Ier, et comme une prophétie annonçant son couronnement le deux novembre 1930. A la fin de sa vie, Rogers se rend en Jamaïque et la nature exacte de ses activités sur l'île s'ajoute aux nombreuses questions sans réponse de l'histoire du mouvement Rastafari.


En 1931, Robert Athlyi Rogers décide de mettre fin à ses jours et ne laisse que quelques lignes en guise de message testamentaire : « Seigneur c'est moi, même si je dois quitter le monde des hommes, assurez-moi que la Piby vivra pour toujours et que les enfants de l'Ethiopie obtiendront le salut pour l'éternité. » Le 24 août 1931, Rogers scelle définitivement son destin et se jette dans l'océan. Les raisons précises de ce suicide demeureront elles aussi englouties dans les abysses. Aujourd'hui encore, certains rastas (tels que Sista Ijahnya Christian) rendent toujours hommage au précurseur Athlyi et récitent la « Prière du Berger » : O God of Ethiopia, thy divine majesty ; thy spirit come in our hearts to dwell in the path of righteousness, lead us, help us to forgive that we may be forgiven, teach us love and loyalty on earth as in Heaven, endow us with wisdom and understanding to do thy will, thy blessing to us that the hungry be fed, the naked clothed, the sick nourished, the aged protected and the infants cared for. Deliver us from the hands of our enemies that we prove fruitful, then in the last day when life is over, our bodies in the clay, or in the depths of the sea, or in the belly of a beast, O give our souls a place in thy kingdom forever and forever.

*Ce dossier doit beaucoup aux recherches historiques, anthropologiques et biographiques de Robert Hill, Carole Yawney, Jakes Homiak et Ras Miguel Lorne. Give thanks

# Posté le mercredi 29 juin 2005 12:40

rasta talk

rasta talk
" Iyharic " :

le langage rasta


" Le langage possède une vie intérieure et dispose de sa propre logique " Ikael Tafari

Diversement qualifié (Iyharic, I-tesvar, I-ance, I-lect, Rasta Wordology, Dread Talk, Livalect...), le langage rasta procède d'une vision sacralisée du Verbe Créateur : " In the begening there was the Word and the Word was Jah the Almighty " (Cimarrons).
Cet inventaire lexical ne saurait être exhaustif : l'idiome rastafarien fourmille de jeux de mots et de trouvailles verbales qui se mélangent à l'anglais standard et au patois jamaïcain.






Akete : percussion rasta. On trouve aussi la forme contractée " Kete drums ".

Allelujah : alleluia.

Alpha & Omega : (première et dernière lettre de l'alphabet grec), pour les rastas, Sélassié est " King Alpha ", et son épouse, l'impératrice Menen, est " Queen Omega ".

Armageddon : bataille finale entre les forces du bien et du mal, mentionnée dans l'Apocalyspe.

Babylone : le système (" shitstem "), la police, la politique, le Vatican...

Baldhead : un non rasta. Terme péjoratif.

Bass Drum : percussion rasta qui se caractérise par son battement lent.

Beardmen : on qualifiait ainsi la première génération de rastas (ou " the beards ") : les barbus.

Binghi : forme contractée de Nyabinghi.

Black Supremacy : slogan ("suprématie noire") utilisé par certains rastas radicaux comme les Bobo Dread.

Blackheartman : terme péjoratif désignant un rasta, réinvesti positivement par les natty dread.

Blessing : salutation et bénédiction.

Blindgarette : jeu de mots (" blind " : aveugle) cigarettes.

Bobo : ordre rasta (Bobo Shanty) fondé en 1958 par Prince Emmanuel.

Bongo : terme qui désignait parfois les premiers rastas : "bongo men".

Bredda : brother. Frère. On trouve également des formes contractées comme Bra ou Bro qui sont antéposées au nom d'un rasta.

Bredrin : pluriel de Bredda. Formes similaires : bredren ou encore brethren.

Burru : A la fin des années trente la communauté des tambourinaires Burru a fusionné avec les rastas. De cette rencontre naîtra la musique rituelle rasta dite " nyabinghi ". Les percussions rastas sont parfois nommées " burru drums ".

Chalice : pipe dans laquelle les rastas fument l'herbe.

Chant Down Babylon : formule marquant le combat mené contre Babylone. On trouve aussi " Beating down Babylon " ou " stepping outa Babylone ".

Combsome : on dénommé ainsi un rasta qui ne portait pas de locks.

Congoman : tout comme le terme "Bongoman", il désigne un rasta. " Congo " peut aussi être antéposé à un nom de patriarche comme " Congo Rocky I ".

Coollie weed : herbe.

Coptic : copte. Par référence à la chrétienté copte éthiopienne. De nombreux rastas de la première génération se nommait ainsi.

Cutchie : pipe à eau.

Dawta : (daughter) femme rasta.

Deaders : carnivores.

Demonicracy : Démocratie. Pour la plupart, les rastas ne votent pas et considèrent les élections comme un jeu de dupes, voire l'½uvre du démon.

Downpressor : oppresseur. Le préfixe " op " suggère " up " (haut) or l'oppression écrase le peuple. De fait les rastas le remplace par " down " (bas).

Dreadlocks : mèche, natte non tressée suggérant la crinière du lion. Terme qui peut être associé avec " natty " ou " knotty ". La forme contractée " dreads " caractérise les rastas.

Dreadnut : (coconut) noix de coco.

Each one teach one : formule qui reflète le partage et la nécessaire transmission du savoir entre les rastas.

Earth Force : énergie cosmique et tellurique.

Egypt : la Jamaïque, par référence à l'épisode biblique de la captivité des juifs chez le pharaon.

Elders : patriarches rastas.

Empress : une matriarche.

EOC : Ethiopian Orthodox Church. De nombreux rastas se sont convertis à l'Eglise Orthodoxe Ethiopienne.

EWF : Ethiopian World Federation. Créée en 1937 par le négus, la Fédération Mondiale Ethiopienne rassemble de nombreux rastas.

Fire Bu(r)n : _expression nyabinghi, largement reprise aujourd'hui par les deejays Bobo et autres, avec des variantes telles que " brimstone and fire ", " blood and fire " ou " more fire ". Le feu est un élément primordial dans la cosmologie rastafarienne. Il peut-être destructeur (de façon symbolique) pour les non-rastas et (ou) purificateur. De nombreux chants traditionnels reprennent cette _expression.

Fullticipate : (participate) : participer.

Funde : (ou Fundae) percussion rasta qui se distingue par sa régularité métronomique.

Ganja : cannabis. On trouve parfois l'orthographe suivante : " ganjah " pour évoquer son essence divine.

Give thanks and praises : remercier et prier. Remerciement.

Grounding : rencontre entre plusieurs rastas qui raisonnent entre eux.

Grounation : (ou groundation) rassemblement rasta ou réunion de percussionnistes rastas. La visite d'Haïlé Sélassié Ier, le 21 avril 1966, fût déclarée " grounation day ".

Guidance : voie spirituelle.

Haile ! : salutation.

HIM : acronyme de "His Imperial Majesty".

Hola Life Force : (Hola : Holy) énergie vitale.

Holy Herb : L'Herbe Sainte.

Holy Ithiopia : l'Ethiopie.

Homeland : l'Afrique. On trouve également "Motherland", "Promised Land" et "Zion Land".

House : ordre ou congrégation rasta ("House of Nyabinghi ").

I-ance : la langue rasta.

I and I : "Je et Je". Cette formule auto-reflexive suggère à la fois l'unicité du Je et son unité avec les autres et à Jah. Lettre numérale (par référence à Haïlé Sélassié Ier) le dédoublement pronominal " I&I " peut aussi bien signifier : Je, toi et moi, nous selon la situation d'énonciation. Par ailleurs, la lettre-chiffre " I " est souvent préfixé (par suppression de la première syllabe) dans de nombreux mots.

Ible : Bible.

Icient : (ancient) ancien.

Idren : " children ", enfants rastas.

IEWF : Imperial Ethiopian World Federation. Organisation crée par le fils de Sélassié, Asfa Wossen en 1983. Actuellement dirigé par Amanuel Fox, ce groupe monarchiste prônant la restauration de la famille royale éthiopienne en exil, est implantée aux USA, Jamaïque et Angleterre.

Igzhabier : " Dieu " en amharique.

I-lect : (dialect) le langage rasta.

Illie : (coollie) herbe.

I-Man : Je, moi, mien.

Inity : (unity) unité.

Iniversal : universel.

Iqual : (equal) égal.

Iration : création ou vibration.

Irator : (" creator ") le créateur.

Irie : salutation rasta. Parfois conjugué comme suit : " irie ites ! ".

Irit : (spirit) esprit.

Ises : praises. Prières.

Ishence : (encens) Cannabis.

Ital : (" total, vital, natural ") mode de vie rasta. Ils définissent ainsi leur diététique : " Ital is vital ! ".

Iternal : éternel.

Ites : salutation.

I-tesvar : le langage rasta.

Iself : myself.

Ivine Issembly : " assemblée divine " : un rassemblement rasta. Synonyme de " Nyabinghi " et de " Grounation ".

Iyaric : (ou Iyharic en référence à l' " amharic ") le langage rasta.

Jah : Dieu. Dérive du tétragramme YAHVE. Forme contractée de Jéhovah. Son emploi est souvent dédoublé " Jah Jah ". " Jah " peut aussi être antéposé au nom d'un rasta (" Jah B " ou " Jah Loyld " par exemple). Jah est aussi associé à des expressions telles que " Jah Love ", " Jah Knows ", " Jah Live ! " ou " Jah Guide ".

Jah-man-can : jeu de mots. Jamaican.

Jahrusalem : Jérusalem. On trouve également le vocable " Irusalem ". L'Afrique.

Jamdown : jeu de mots. Jamaïque.

Jamdung : jeu de mots (dung : excréments) Jamaïque.

Kali : herbe.

Kaya : cannabis.

King-Man : on nomme ainsi le mari ou le compagnon d'une femme rasta. " King " peut aussi être antéposé au nom d'un rasta (King Emmanuel Charles Edwards).

Lambsbread : cannabis.

Livalec : (dialecte) le langage rasta.

Live and let live : "vivre et laisser vivre".

Livication : (dedication) dédicace. Le verbe " live " se substitue au prefixe " ded " qui suggère phonétiquement le mot " dead ".

Livity : mode de vie rasta, synonyme de pureté physique et morale : " Rasta is not a religion, it is a livity ! ".

Lock down : être arrêté par la police.

Mansion : même sens que " house " : une tendance, une confrérie rasta.

Messenjah : messager.

Negus : roi en éthiopien. Les rastas le substitue parfois à " Jesus " : " Negus Christ ".

Negusa Negest Ze Ethiopia : en amharique : "roi des rois d'Ethiopie". Empereur.

No ism no skism : "pas de ism pas de schisme". _Expression marquant leur refus de se laisser définir par des suffixes conceptuels ou récupérer par des courants idéologiques comme le communisme ou le capitalisme. Certains rastas rejettent ainsi le mot " rastafarisme ".

Nowherian : (" de nulle part ") néologisme forgé par Ras Planno qui traduit le sentiment de déracinement. Apatride, expatride.

Nyabinghi : A l'origine, il s'agit d'un mouvement anti-colonial du Rwanda ou de l'Ouganda. Chez les rastas, ce mot a plusieurs significations. Il caractérise ainsi un ordre " House of Nyahbinghi ", les rassemblements rasta et la musique rituelle rastafarienne.

Nyaman : On désignait parfois ainsi les premiers rastas.

One love : slogan ou salutation. Message d'amour et de paix comme le non moins fameux " peace and love " ou encore " love and harmony ".

Oneness : unité, solidarité : " togetherness ".

Outernational : international. L'inversion sémantique entre " in " et " out " est courant dans la néologie rasta.

Outformer : (informer) un informateur, un indic.

Overstand : se substitue à " understand ". Comprendre. On trouve aussi (plus rarement) : " inderstand " ou " higherstand ". Le préfixe " under " (dessous) est jugé dépréciatif et contradictoire avec l'idée de compréhension.

Polytricks : politique (poly : plusieurs / tricks : ruses).

Poor-lice : Police. Jeu de mots ("pauvre salaud").

Prince : Garçon rasta. " Prince " peut également être antéposé à un nom de leader rasta tel que " Prince Emmanuel " ou encore " Prince Nnanna ".

Princess : jeune fille rasta.

Queens : femmes rastas.

Ras : (pluriel : Rasses) terme d'origine éthiopienne (au sens littéral " tête ") désignant un chef. Il est antéposé au nom d'un rasta : Ras Boanerges, Ras Sam Brown, Ras Historian...

Rastafari : nom de Haïlé Sélassié avant son sacre impérial. En Ethiopien " Ras " signifie " tête " et " Tafari " : " il sera craint ". On note par ailleurs des jeux de mots comme " Rasta-For-I " et " Rasta-Far-eye ".

RCO : Rastafari Centralisation Organisation. Organisation dirigée par Ras Da Silva visant à unifier les différentes mouvances rastafariennes.

Reasoning : réunion de patriarches rastas qui débattent entre eux. Dialogue.

Repeater : (ou peta) percussion rasta qui assure la polyrythmie et les syncopes.

Satta Massa Gana : hymne traditionnel rasta. Phrase d'origine éthiopienne signifiant : " remercions ".

Selah : amen. Terme qui ponctue bon nombre de déclarations rastas.

Sight up : comprendre (se substitue parfois à " understand "). Cette formule peut aussi traduire le moment où l'on se révèle rasta.

Sista : S½ur. Femme rasta.

Sistren : pluriel de Sista.

Shashamane : concession territoriale située au Ethiopie accordée par le Roi des rois à la diaspora noire en 1955. De nombreux rastas se sont rapatriés à Shashamane.

Shepherd : berger. Il concerne certains ancêtres rastas ou des précurseurs du mouvement tel que " Shepherd Athlyi Rogers ".

Tabernacle : lieu de culte où les rastas se réunissent en diverses occasions rituelles. Le tabernacle peut aussi bien s'apparenter à une tente ornementée qu'à un temple.

Twelve Tribes of Israel : apparues en 1968 (sous la férule de Prophet Gad), les Douze Tribus d'Israël constituent à la fois un ordre et une organisation spécifique rasta.

UNIA : Universal Negro Improvement Association. Fondée en 1914 par Marcus Mosiah Garvey, l'Association Universelle pour le Progrès des Noirs a eu un impact sans précédent sur les afro-américains et les afro-caraïbéens. Parmi eux, les premiers rastas : Howell, Hibbert, Dunkley...

White Blood : (sang blanc) lait.

Whitewashing : (brainwashing) lavage de crane.

Wisdom Weed : l'herbe de la sagesse. Les rastas affirment qu'elle poussait sur la tombe du roi Salomon.

Wolf : un faux rasta.

Wordsoundpower : mot valise qui témoigne de la croyance rastafarienne dans la puissance du Verbe.

Yanks : thanks.

YBF : Youth Black Faith. Groupe de rastas radicaux apparu en 1949, très influent sur la suite du mouvement Rastafari, et qui serait sans doute à l'origine de la sacralisation des dreadlocks.

Yesos Kristos : Jésus Christ en Ethiopien.

Yi Mas Gan : en amharique " louons le Seigneur ".

Yood : food.

Yountry : country.

Zion : l'Ethiopie. L'Afrique. Le terme " Zion " est à la fois utilisé comme géosymbole (la terre sainte, le paradis terrestre) et comme lieu concret : le continent africain.

# Posté le mercredi 29 juin 2005 12:39

dreadlocks

dreadlocks
Dreadlocks :
des origines à nos jours


Un Rasta ne doit pas se raser la barbe, ni se couper les cheveux.
Ce sont ses racines.
Donald Manning (Abyssinians)

Don't haffi dread to be rasta
Morgan Heritage




Métamorphosées en prêt-à-porter culturel et (ou) contestataire, les dreadlocks sont aujourd'hui récupérées par la mode. « Fashion dreads » ; « false rastas » ; « wolves » s'insurgent les rastafariens. Signe extérieur de conscience intérieure ou simple nouvelle tendance capilliculturelle ? Les dreadlocks sont omniprésentes : dans la publicité, dans les manifestations anti-mondialistes, dans les concerts hardcore californiens... Inutile de s'appesantir plus avant sur la dialectique de l'être et du paraître ou, plus prosaïquement, sur la tonsure qui, elle non plus, ne ferait pas le moine... Etroitement, voire indissolublement associées aux rastas, les dreadlocks préexistent pourtant au mouvement Rastafari. Dreader than dread...



En affirmant qu'il n'était pas nécessaire de porter des dreadlocks pour être un authentique rasta, Morgan Heritage relançait du même coup une vieille polémique au sein de la communauté. Bien des rastas affirment qu'au delà du raccourci métonymique (dreadlocks = rasta), un rastafarien se définit avant tout par ce qu'il porte dans son c½ur et non sur sa tête. Mais dépasser le seuil des apparences n'élude pas pour autant l'importance symbolique des dreadlocks. Celles-ci répondent à un souci d'enracinement, de retour aux origines, aux racines. Pour beaucoup, elles symbolisent la force et le courage du lion, emblème de l'Ethiopie. Les roots, la crinière léonine marquent une forme d'africanité de naturalité ostentatoires. Les dreadlocks s'apparentent pour certains à une couronne royale. D'autre part, arborer des dreads manifeste visiblement un rejet des canons esthétiques occidentaux. Ce sont là les arguments les plus souvent avancés, mais l'émergence des « natty dreads » dans l'histoire du mouvement reste néanmoins assez obscure. Pour mieux en saisir les tenants et les aboutissants, il convient de remonter aux début des années trente. A cette époque, les premiers prédicateurs à diffuser la doctrine Rastafari en Jamaïque, ne portaient pas de locks. Les rastas se singularisaient physiquement par leur barbe, et ils étaient régulièrement baptisés par la presse sous les termes suivants : « beardmen », « beards » ou encore « bearded men ». Les photos de l'empereur Haïlé Sélassié qui circulaient en Jamaïque, expliquent vraisemblablement cette adoption mimétique de la barbe. Quant aux dreadlocks, les témoignages concernant la période exacte et les raisons de leur apparition parmi les rastas différent les uns des autres. Depuis toujours, la diaspora rasta a toujours été extrêmement attentive aux images des africains qui parvenaient en Jamaïque. Historiquement, il est établi qu'un certain nombre de groupe ethniques et de tribus africaines portaient des locks ou des coiffures approchantes depuis l'Afrique antique à nos jours : les Oromo, les Massaï, les Galla, les Bono, les prêtres coptes d'Abyssinie dits « Bahatowie », les Bay'Fal du Sénégal, les soldats Tveddo de la société wolof pré-islamique, les okomfo... Plus proche de nous, certains membres de la rébellion Mau Mau au Kenya (Land of Freedom Army) avaient juré de ne pas se couper les cheveux avant la libération de leur territoire. En 1953, les rastas défilèrent dans les rues de Kingston en manifestant leur solidarité aux résistants kenyans. Il est possible qu'ils aient par la suite adoptés les dreadlocks des Mau Mau. Cet épisode paraît toutefois assez tardif, et certains observateurs du mouvement Rastafari estiment quant à eux que l'influence des ascètes indiens fût déterminante. Après l'abolition de l'esclavage, les planteurs jamaïcains importèrent de la main d'½uvre indienne à moindre coût à partir de 1845. Parmi les immigrants, il est possible que certains mystiques Sâdhus se soient installés en Jamaïque. Selon Hibbert, certains indiens dreadlockés (les Jatavi) participaient aux premiers cercles rastas. Mais, là encore les versions des faits se contredisent. Fin des années trente ou milieu des années cinquante, la datation apparaît bien imprécise. Une date clé est à retenir cependant : en 1949, de jeunes rastas, en rupture de ban avec les pratiques traditionalistes de la vieille génération de leaders comme Howell, Hinds, Hibbert, Dunkley, Myers ou Downer, fondent la Youth Black Faith. Figure de proue de la YBF, bongo Watto (dit aussi Ras Boanerges : « le fils de la foudre ») confèrent une portée sacramentelle à la ganja ainsi qu'aux dreadlocks. Ces « mèches » ou « nattes effrayantes » caractérisent un sous-groupe dissident de la YBF : les « Dreadfuls » ou « Warriors ». Ils se démarquent des « combsomes » qui continuent de respecter la tradition et se peignent. Progressivement, les dreadlocks vont se répandre chez les rastas et les « knotty dreads » deviennent, au début des années soixante, largement majoritaires. De nombreux rastas délaissent cependant les dreadlocks, alléguant que l'empereur n'en portait pas, et les discordes, sur ce point, demeurent toujours d'actualité. Signe d'appartenance au courant rasta, les dreadlocks s'avèrent parfois trompeuses et la crainte de voir des « loups » s'infiltrer dans la bergerie est belle et bien présente : « Il y aura des moutons et il y aura aussi des loups déguisés en mouton ». De nos jours, les dreadlocks se sont sécularisées et internationalisées : la culture s'est peu à peu effacée devant la capilliculture. Contre ce phénomène de récupération et de pure stylisation, Sista Julia Roberts s'embrase dans un patois incendiaire : « Hey you false rasta out dere ! Bout she you ah locks up yu hair,You don't know what locks is all about.You tink is new fashion jus com'out? You don't even deal in the praising of Jah!” Dread and Alive...






Les Dreads et les Saintes Ecritures ? :
Justifications bibliques des dreadlocks

Les natty dreads se définissent comme des « nazaréens ». Les dreadlocks constituent un sacrement authentifié par le « Livre de la Vie ». Si elles ne sont pas explicitement, et nommément mentionnées dans la bible, les rastas considèrent toutefois qu'elle recèle de nombreuses références allusives et implicites. A cet égard, les rastas souscrivent au V½u de Nazareth (le naziréat), édicté dans les Nombres (VI-5). Les dreads traduisent ainsi un lien électif avec Dieu. Ce recours référentiel aux écrits bibliques prend également un autre dimension avec le mythe de Samson, chez qui la puissance réside dans la chevelure. Vous trouverez ci-dessous les passages (parfois tronqués et sortis de leur contexte) les plus souvent cités par les rastafariens pour légitimer le port des dreadlocks :

- Le Lévitique XXI-5 : « Ils ne se feront pas de tonsure sur la tête, ils ne se raseront pas le bord de la barbe (...) »
- Les Nombres VI-5 : «Aussi longtemps qu'il sera consacré par son v½u, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu'à ce que soit écoulé le temps pour lequel il s'est voué à Dieu, il sera consacré et laissera croître librement sa chevelure.»
- Les Nombres VI-7 : « (...) car il porte sur sa tête la consécration de son Dieu. »
- Le Livre des Juges XIII-5 : « Le rasoir ne passera pas sur sa tête, car l'enfant sera nazir de Dieu dès le sein de sa mère. »
- Le Livre des Juges XVI-13 : « Alors Dalila dit à Samson : « Jusqu'à présent tu t'es joué de moi et tu m'as dit des mensonges. Révèle-moi avec quoi il faudrait te lier. » Il lui répondit : « Si tu tissais les sept tresses de ma chevelure avec la chaîne d'un tissu, et si tu les comprimais avec la batte d'un tisserand, je deviendrais faible et serais comme n'importe quel homme. »
- Le Livre des Juges XVI-19 : « Elle endormit Samson sur ses genoux, appela un homme et lui fit raser les sept tresses de sa tête. Ainsi elle commença à le dominer et sa force se retira de lui. »
- Premier Livre de Samuel I-11 : « (...) alors je donnerai à Yahvé pour toute sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »
- Premier Livre des Rois I-52 : « Salomon dit : « S'il se conduit en honnête homme, pas un de ses cheveux ne tombera à terre, mais si on le trouve en défaut, alors il mourra. »
- Ezéchiel VIII-3 : « Il étendit une forme de main et me prit par une mèche de cheveux ; l'esprit m'enleva entre ciel et terre et m'emmena à Jérusalem, en des visions divines (...) »


(anti)-Guide Pratique :
Comment(ne pas) se faire pousser des locks ?

« Et sans doute notre temps préfère l'image à la chose,
la copie à l'original, la représentation à la réalité,
l'apparence à l'être (...) » Feuerbach


Il existe sans doute autant de recettes pour se faire pousser des dreads que pour faire pousser des pieds de cannabis. L'entreprise s'annonce fastidieuse et souvent périlleuse... Alors, comment choisir le bon mode d'emploi dans cette foultitude d'informations diverses et parfois contradictoires ? Les dreadlocks sont des mèches de cheveux entremêlés, en forme de natte noueuse, et plus ou moins laineuse selon la nature du cheveu. Une fois ce stade atteint, il n'est plus possible de changer d'avis et d'opter pour une coupe en brosse. Tous les démêlants du monde, aussi assouplissants soient-ils, ne sauraient résoudre le problème. Une seule solution : la tonte... Toujours décidés ? Tous les types de cheveux ne se prêtent pas de la même façon à la formation des locks. Crépus ou lisses, fins ou épais, raides ou frisés, ces typologies capillaires n'impliquent pas les mêmes processus. La méthode traditionnelle consiste tout bonnement à ne plus se peigner et à attendre sagement (et longuement) que les locks se forment naturellement. Cette méthode exige de la patience et réserve quelques désagréments esthétiques durant les phases intermédiaires de la pousse. Si vous préférez la rapidité à l' « Authenticité », il existe plusieurs solutions alternatives. La plus simple d'entre elles consiste à recourir au « Wax ». Cette cire est assez facile d'utilisation et pas trop onéreuse. Appliquez une noix de wax sur vos doigts et séparez les mèches de cheveux en les enduisant. Répétez l'opération à plusieurs reprises (attendre que les cheveux sèchent entre chaque application) en modélisant vos locks en fonction de la grosseur souhaitée. Assurez vous, en les emmêlant régulièrement, que vos locks prennent un aspect boudiné... A défaut de Wax, vous pouvez toujours vous rabattre sur le miel. Sa fonction collante comporte toutefois quelques défauts : elle attire la saleté, les ours bruns ainsi que certains insectes dont je ne vous ferai pas la liste. A déconseiller vivement. Le savon de Marseille est une autre possibilité : il rend les cheveux rêches et permet ainsi de les crêper plus aisément mais il risque aussi de les rendre cassants. A vous de voir. Si vous n'êtes pas indisposé par son odeur persistante, vous pouvez aussi utiliser le lait de coco. Son action sur la fibre et le canal capillaire est moins nocive et plus douce. Evitez les techniques fantaisistes tels que les sodas cola et autres produits vaisselles : l' « écosystème » de votre cuir chevelu n'apprécierait pas. Une toute autre technique consiste à se faire tresser avec des rajouts synthétiques africains, en les gardant un ou deux mois. Une fois les fausses mèches enlevées, vos cheveux auront pris la forme de dreads et il vous sera alors possible de les entretenir ainsi avec du beurre de karité. Toutes les méthodes pré-citées méritent d'être mûrement réfléchies et supposent de nombreuses précautions d'emploi. Faute de quoi, vous pourrez toujours postuler au poste de gardien de but de l'équipe de France. Avoir des dreadlocks ne signifie pas être Rasta
ou pour reprendre la formule d'Horace Andy : « dread a no style, dread a no fashion »...
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# Posté le mercredi 29 juin 2005 12:37

symbolique rasta

symbolique rasta
Le Symbolisme Rasta


La vision du monde façonnée par les rastas est peuplée de signes, mythes, et symboles. Les anciens se livrent régulièrement à de longues discussions (groundings & reasonings) au cours desquelles la réalité fait l'objet d'un décryptage symbolique. L'art et l'artisanat témoignent par ailleurs de la richesse du symbolisme rastafarien. Il serait fastidieux d'en dresser l'inventaire (sceau de Salomon, nombres et lettres, le bâton de berger, croix coptes, mains jointes, couleurs...) complet, aussi avons-nous choisi de nous intéresser ici à la thématique du feu, à l'Afrique comme géosymbole, ainsi qu'à la figure du lion.

« Rastafire »

Dans la symbolique rastafarienne, le feu représente à la fois un élément créateur et une force destructrice1. Le feu est aussi synonyme de jugement pour les hommes (« judgeman ») : « jugés dans le feu éternel » pour reprendre la formule apocalyptique énoncée dans le Kebra Negast (« La Gloire des Rois »). Tout comme dans la tradition chrétienne, le feu, pour les rastas, s'apparente à un attribut divin2. Il manifeste la présence (c'est en effet sous cette forme qu'il se manifeste aux prophètes Isaïe et Ezéchiel) et la toute puissance de Jah. S'il peut constituer une menace ou un châtiment (« blood and fire !» ; « fire burn !» ; « bun dem ! »), les rastas mettent en avant sa dimension purificatrice et régénératrice. Rejetant le baptême par immersion ou par affusion, bon nombre de rastas (à l'image de Bob Marley) déclarent fièrement être « baptisés par le feu ». Certains chants nyabinghi illustrent parfaitement cette glorification du feu : « Brimstone and fire burning. Rastafari trodding up with no water only fire».
Le feu prend également une portée métaphorique. Il peut s'agir d'une flamme intérieure décrite comme une énergie vitale éminemment positive : « It's like a little fire inside (...) Keeps on burning » (Ras Michael). En outre, le feu est un élément inséparable des cérémonies nyabinghi (« grounations » ; « ivine issemblies ») et c'est autour de celui-ci que se concertent les patriarches de la communauté. Marque élective, le feu, sous ses diverses formes (le feu céleste par exemple : la foudre et le tonnerre3), constitue un élément tutélaire et sacré. C'est à la fin des années quarante (donc bien avant le phénomène Bobo), au sein du groupe de rastas radicaux de la « Youth Black Faith », que le feu deviendra l'objet d'une véritable sanctification.

L'Afrique comme espace géosymbolique

Orphelins et exilés, les rastas jamaïcains dépassent leur sentiment de « déterritorialité insulaire » en systématisant la référence à l'Afrique dans leurs créations artistiques et artisanales. Terre nourricière et maternelle, l'Afrique est omniprésente dans l'iconographie rasta. Les représentations relatives au continent des origines apparaissent donc sur tous les supports possibles : peintures, bijoux, sculptures, parures... Epicentre de la cosmologie rastafarienne, l'Afrique est bien plus qu'une simple entité physique, géographiquement circonscrite, c'est avant tout un géosymbole dans le sens où Joël Bonnemaison (professeur de « géographie culturelle ») l'entend : « la structure symbolique d'un milieu, d'un espace, ses significations. Le géosymbole donne sens au monde, il est éthique et métaphysique. C'est la spiritualité d'un lieu : ce que l'on appelle l'esprit d'un lieu. »4
C'est précisément dans ce même état d'esprit qu'il faut interpréter cette réflexion de Bongo Nyah : « L'Afrique n'est pas seulement ce continent inscrit sur les cartes du monde. L'Afrique symbolise notre unité éternelle, notre parenté. Ce mot est une énergie, une force que nous portons en nous, dans notre c½ur. Où que nous soyons sur cette terre, l'Afrique nous accompagne toujours, elle est toujours en nous. » Terme macrosymbolique, « Africa » est profondément enraciné dans la conscience collective rasta, et s'impose à la fois comme réalité terrestre et comme une énergie vitale intérieure. Plus encore peut-être que la figure divine d'Haïlé Sélassié Ier, l'Afrique est l'alpha et l'omega de l'idéologie et de la théologie rastafarienne. Dispersée, la « Nation Rasta » occupe un espace « réticulaire », c'est-à-dire un ensemble complexe de réseaux transgéographiques (abolissant les notions de frontières et d'éloignement, à l'image d'Internet largement investi et utilisé par les rastas). « Peuple » diasporisé, les rastas se rattachent à un même espace spirituel : « Il regroupera les dispersés de Juda des quatre coins de la terre » (Isaïe XI : 12).
Plus qu'un lieu précis, le Mont Sion (« Mount Zion ») se définit avant tout comme lieu spirituel et c'est notamment en ce sens que Bob Marley répondait à la question d'un journaliste « où résidez-vous », « ma tête est ma maison ». Toujours dans cette même optique, le Roi des rois prononcera la phrase suivante : « Après que notre Créateur irréprochable fut envoyé dans ce monde par Son Père, les c½urs de tous les croyants sont alors devenus le Temple de Dieu. »5

« The Conquering Lion »

Animal emblématique de la royauté éthiopienne (emblème animalier de la dynastie davidique et salomonique), le lion est sans aucun doute le symbole le plus souvent associé à l'identité rastafarienne. Dès les prémices du mouvement Rastafari, les premiers prédicateurs confrontent les titres hérités par Haïlé Sélassié Ier (né sous le signe du lion...) lors de son sacre impérial en novembre 1930 (« Seigneur des seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Juda, élu de Dieu et Défenseur de la foi ») à plusieurs passages de la Bible. Tout comme l'agneau, le lion est l'une des figures du Christ (« Juda est un jeune lion » (Genèse XXXXIX : 9 ).
Très vite, le Négus est exalté comme le nouveau messie libérateur du peuple noir tel ce lion conquérant et victorieux mentionné dans les premiers chants rastas : « The Lion of Juda shall break every chain and give us the victory again and again...»
Dans le bestiaire biblique, le lion se distingue, par la noblesse de ses qualités, des autres animaux (âne, serpent, bouc, bélier...), et s'oppose, par sa droiture, à la cohorte tératologique des dragons, Baal, Bélial et autres monstruosités démoniaques6. Animal quasi-totémique, le lion incarne au yeux des rastas les plus hautes qualités humaines : celles de courage, de dignité, de noblesse, de souveraineté, et de résistance7... Cette vision anthropomorphe du lion se traduit dans leur expression : « Lion-Man ». Les rastas opèrent un parallèle entre leurs dreadlocks et la crinière léonine. L'intellectuel rastafarien, Dennis Forsythe souhaite faire évoluer le mouvement rastafari dans la voie de ce « lionism ».
Figure impériale, le lion figure sur de nombreuses peintures éthiopiennes retraçant l'histoire du royaume abyssin. S'inscrivant dans cette même filiation picturale, l'art rasta le représente souvent au c½ur d'un bouclier de David8, pourvu d'une couronne, du sceptre royal ou d'une croix copte éthiopienne. Dans la théologie rasta, le Roi des Rois apparaît sous les traits de deux métaphores animalières complémentaires : le lion (conquérant) et l'agneau (la sagesse). La référence au « lion de la tribu de Juda » intervient chaque fois qu'un rasta tente d'expliquer sa croyance en Jah Rastafari : « Et je pleurais beaucoup de ce que personne ne fût trouvé digne d'ouvrir le Livre ni de le regarder. Et l'un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, il a le pouvoir d'ouvrir le livre et ses sept sceaux. »9
D'aucuns ironiseront sur les penchants carnassiers du roi des animaux, peu compatible avec la diététique I-tal prônée par les rastas. Objection rapidement écartée par ces derniers qui citent une fois de plus les Ecrits Saints : « Le lion comme le b½uf mangera de la paille »10...


Notes :

1 - Cette symbolisation contradictoire n'est pas sans évoquer cette réflexion du théoricien anarchiste Bakounine : « La passion destructrice est une passion créatrice. »

2 - Voir à ce propos Genèse XV : 17 ; Exode III : 2 ; Exode XIII : 21 ; Psaumes XXVI : 2 ; Apocalypse XX : 9-10 et 14-15...

3 - Bongo Wato (Ras Boanerges) et ses frères s'en réclamaient explicitement en se nommant les « fils du tonnerre » : « sons of thunder ».

4 - Joël Bonnemaison, La Géographie Culturelle.

5 - Discours (1968) extrait de L'Ethiopie « Terre de la Chrétienté » (Editions Jahnhoy / 2 euros / contact : 06.09.67.75.22 / jahnhoy@free.fr). Dans le même esprit, le Négus affirme également : « L'Eglise n'est pas seulement une construction... Ainsi, comme le nom s'applique à l'édifice, notre c½ur aussi est l'église où Dieu réside ».

6 – Dans le tétramorphe (les quatre vivants cités dans Ezéchiel et l'Apocalypse) le lion symbolise le feu et la résurrection. « Il renvoie à l'Apocalypse, où le premier des quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière qui entourent le trône céleste est dépeint sous l'apparence d'un lion, et à Ezéchiel (I : 4-15), où le char de Yahvé apparaît avec quatre animaux, semblables à des charbons de feu ardent qui ont chacun quatre faces, dont une face de lion. » (Le Dictionnaire des Symboles).

7- Durant le conflit italo-éthiopien, la section rebelle des « lions noirs » ont vaillamment résisté aux troupes armées de l'envahisseur fasciste.

8 – dit aussi « sceau de Salomon » : étoile à six branches formée de deux triangles équilatéraux entrecroisés.

9 - Apocalypse V : 4-6.

10 - Isaïe XI : 7.
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# Posté le mercredi 29 juin 2005 12:35